Le blog de l'intermittent, mais pas que.

Tant de cerveaux disponibles

Il n'y aura pas de suppression des Annexes VIII et X, il n'en a jamais été question car le Medef a toujours su qu'il n'en avait pas les moyens. Avec 30 milliards d'allègement de charges promis par le pacte de responsabilité, un gouvernement qui soutient ouvertement les Annexes depuis 2012, un sénat plus modéré mais acquis également à la cause, et enfin une opposition sociale structurée et préparée du Comité de Suivi, le Medef, gagnant d'un côté, est totalement isolé sur ce dossier. Bien que conscient de ce rapport de force en sa défaveur, il a eu le culot de la première proposition qu'on connait, mais culot n'est pas inconscience. La gesticulation médiatique a suivi...
Aujourd'hui, le Medef laisse déjà entendre qu'il prépare un nouveau projet, sans la suppression de l'intermittence. Une reculade en somme. En vérité, le Medef ne prépare rien du tout, car la proposition à venir est déjà prête, probablement depuis très longtemps.

Pourquoi alors avoir proposé l'inacceptable, en sachant que cela serait inaccepté ?

Croire que c'est uniquement pour mesurer l'opposition serait une grave erreur. Cela dit, la mobilisation massive, rapide et unanime avec intermittents, syndicats, gouvernement et même quelques députés de droite, était la réponse épidermique nécessaire.

Mais l'objectif véritable, malheureusement bien plus ambitieux, reste le démontage du principe de solidarité face au risque du chômage.

Le Medef ne peut pas proposer décemment la suppression pure et simple de l'assurance chômage, car une immense majorité des citoyens y est attachée. En revanche, il est plus présentable de suggérer que certains actifs ne doivent pas payer pour d'autres. C'est d'autant plus facile quand la cible est mal définie dans l'opinion, et à ce titre, les intermittents constituent un groupe de premier choix : entre les stars (non intermittentes évidemment) et les précaires à bonnet péruvien, l'amalgame entre nantis et fainéants est garanti, et la détestation devient presque légitime.

Ne nous y trompons pas, si les Annexes n'existaient pas, mais s'il y avait une protection particulière pour disons, les salariés de l'agro-alimentaire, ce discours de division serait le même : toi qui fabrique des moteurs, tu n'as pas à payer pour celui qui produit des yaourts. Pour faire court, les intermittents ne servent qu'à étayer aujourd'hui un propos préparant les esprits de demain.

chess

Le cap est au libéralisme total, celui où chacun devra assurer sa propre protection à travers l'épargne ou l'assurance privée. Evidemment, les plus fragiles ne seront pas en mesure de le faire...

On est loin de supprimer les allocations chômage, me direz-vous. Oui. En 1990, on était loin aussi d'avoir autant de citoyens soutenant ouvertement des positions racistes, antisémites ou homophobes... La "libéralisation des esprits" est elle aussi en marche. Elle l'est depuis un bon moment et son pas s'accélère ces temps-ci, car la tentation du repli individuel augmente toujours pendant les crises, et la nôtre est sans fin.

Quelle est la perception des intermittents aujourd'hui dans l'opinion ? Je ne peux affirmer qu'elle est moins bonne qu'il y a 2 mois, mais je doute franchement qu'elle soit meilleure. Voilà la raison de tout ce cirque et l'objectif est atteint. La route des intermittents est la même que celle emprûntée par les profs, et plus généralement les fonctionnaires, mais aussi bien d'autres comme la Sncf... Aujourd'hui, quasiment tout le monde dénigre plus ou moins ouvertement ces métiers, alors même qu'ils sont aux services des autres et que leur rémunération est tout sauf indécente. A propos d'indécence, l'actualité est facétieuse : Bill Gates a vu sa fortune augmenter de 9 milliards en 2013, uniquement par la rente car il ne travaille pas, soit le déficit de l'Unédic sur 2 ans...

Le Medef qui n'est que la partie caricaturale d'un vaste ensemble (médias, politiques, ...), travaille sur le long terme. En position d'attaque permanente, il a toujours un coup d'avance, obligeant l'adversaire à défendre ses positions, le privant ainsi de l'initiative pour proposer et convaincre.

Le reconnaitre est indispensable pour renverser la tendance.

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