Le blog de l'intermittent, mais pas que.

Pas de victoire, pas de bataille, et pourtant des pertes

La probable modification du calcul du Différé d'Indemnisation (prévu dans l'accord du 22 Mars) n'est pas une victoire. Annoncé par A.Filippetti pour la fin de semaine, le nouveau différé sera sans doute moins catastrophique pour les intermittents à faible revenu, mais la révision complète du réglement pour une indemnisation plus juste et plus protectrice ne verra sans doute pas le jour prochainement. Pourtant les solutions portées par la Coordination existent, elles ont même été étudiées et chiffrées par Pôle Emploi à la demande du gouvernement fin 2013.

Il n'y a pas eu de bataille non plus, car seul le Medef était prêt à en découdre. La Coordination n'était pas à la table des négociations et les syndicats présents n'étaient pas représentatifs. C'est le fond du problème. La CFDT aurait-elle signé l'accord du 22 mars si 20% des intermittents y étaient syndiqués ? Certainement pas, tout simplement pour ne pas voir ses troupes partir vers un autre syndicat, plus à même de les défendre. Avec trop peu d'intermittents syndiqués, les syndicats signataires n'ont aucun compte à rendre, et peuvent librement défendre d'autres objectifs. Ce qu'ils ont fait.

Mais les pertes seront lourdes, à commencer par les intérimaires. Certes les intermittents se battent avec des armes inadaptées au fonctionnement des institutions paritaires (présents pour la mobilisation, absents de la négociation), mais les intérimaires, encore moins structurés, sont absents au niveau paritaire et médiatique. Avec le Medef, cette faiblesse ne pardonnera pas.

Sur le Front d'Avignon

Pendant l'entre-deux tour, Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon, a écrit qu'il n'envisageait pas de travailler en cas de victoire FN, soit qu'il démissionnerait, soit qu'il tenterait de délocaliser le Festival. De par sa fonction, défendre les valeurs d'ouverture, d'éclectisme et aussi de subversion de l'institution qu'il dirige semble effectivement incompatible avec les idées du FN...sur le plan théorique. Mais 1M€ de subvention de la ville contre 23 M€ de retombées économiques (hors "Off") constitue quand même un argument massue et O. Py aurait vraisemblablement pu imposer sa ligne face à un élu frontiste, quitte à batailler un peu…

Et si le FN était passé et si la délocalisation avait eu lieu, quid des Avignonnais ? Les "non-coupables" d’abord, ceux qui n'auraient pas voté FN auraient subi une double peine : le maire et la suppression du Festival. Et les autres votants alors, les « méchants » de l'histoire ?

pont

L'extrêmisme politique, réligieux, identitaire (...) est toujours la combinaison de deux facteurs : la désespérance et l'ignorance.
Indépendamment de la suppression des retombées économiques susceptibles d’améliorer le quotidien de la population,  l'expression culturelle n'est-elle pas aussi l'occasion d'apprendre et de comprendre ? N'est-on pas un peu plus éveillé après avoir vu une pièce de théâtre, après avoir échangé 2 mots avec son voisin spectateur, après avoir été ému... ? La culture est intrinsèquement une arme redoutable car elle enrichit. D'ailleurs, le FN, lui le sait pertinemment puisqu'il a jadis pratiqué le contraire, l'appauvrissement, en retirant certains livres des bibliothèques.

Sans festival, la ville serait privée de la possibilité de retrouver ses Avignonnais "égarés". Oui, cette occasion est ténue et son efficacité reste à démontrer, mais avec 12228 FNistes au 2ème tour, cela mérite d'être tenté.

En mettant à mal l'ignorance, la culture combat les mauvaises idées, utilisons-la.

Petits arrangements entre ennemis

Comme annoncé dans ce billet, la réforme des Annexes VIII (techniciens) et X (artistes) n'a pas eu lieu.
Enfin, celle qui aurait permis de mieux protéger les plus fragiles, de traquer les abus, le tout sans augmenter le fameux déficit.

C'était pourtant possible car tout le monde avait bien travaillé :
· le comité de suivi qui planche dessus depuis des années
· le Sénat et ses 12 recommandations
· la commission parlementaire (J-P Gille)
· le gouvernement avec les simulations commandées à Pôle Emploi en fin 2013

Mais rien de tout ça n'a été sérieusement étudié, et la négociation a accouché d'une réformette en 3 points (pour les détails, voir La Réforme 2014) :
· une hausse des cotisations qui va mécaniquement baisser les salaires de tous,
· un nouveau calcul du différé d'indemnisation qui va dramatiquement toucher les plus petits revenus (et améliorer les hauts revenus),
· un plafonnement de la somme des revenus et allocations qui est économiquement insignifiant.

Ce plafonnement à 5475€/mois mérite qu'on s'y arrête, car sa portée médiatique est sa seule raison d'être, voici ce qui se passe : les médias "informent" sur le sujet, en oubliant de préciser que cela ne touchera que 3500 intermittents déjà bien chanceux d'avoir ce niveau de revenu et que l'économie réalisée par l'Unedic n'est que de 30 M€ sur 4 Md€. L'oubli n'est pas intentionnel, c'est juste un peu trop complexe. Parallèlement, ils informent également que les intermittents continuent de maintenir la pression, sans préciser que le combat porte sur les 2 autres points et plus généralement sur la réforme attendue.
Puis les 2 infos se télescopent, et que retient l'opinion ? Que les intermittents restent mobilisés pour se battre contre un plafonnement de leur revenu à 5475€/mois... 

handshake

Pourquoi La Réforme n'a pas eu lieu ? Pourquoi les participants attestent qu'il n'y a pas eu de véritable négociation autour de la table, mais de longues interruptions de séance permettant des conciliabules dans les couloirs ?

Pour une seule raison : la faible syndicalisation des intermittents et des salariés en général.

Il faut bien comprendre qu'un syndicat est une structure comme une autre (entreprise, collectivité...) avec des dépenses à couvrir pour ses locaux, ses actions, ses permanents (...). Avec seulement 200 M€ provenant des cotisations syndicales contre 1 500 M€ en Allemagne pour une population sensiblement équivallente, d'autres sources de financement sont indispensables. Heureusement, il en existe 2 : les subventions publiques et la gestion du paritarisme de l'Unedic, de la Sécu,... Pour le paritarisme, c'est très simple : un syndicat voit ses ressources augmenter si un de ses représentants y siège.

Tiens donc, la gestion de l'Unedic est une source de revenu pour la CFDT si elle y siège...

C'est odieusement mathématique, mais avec seulement 8% de salariés syndiqués, les syndicats sont pauvres. Leur survie dépend des 2 autres sources de financement et donc de ce que les autres acteurs veulent bien leur accorder.
Dans ces conditions les syndicats ne peuvent être libres et indépendants, au contraire, ils sont faibles face au patronat avec qui il faut négocier, non pas pour la défense des salariés qu'ils représentent, mais pour leur existence même. Tout simplement.

Rêvons un peu. S'il y avait 25% d'intermittents syndiqués (28000 personnes) auprès de différents syndicats assis à la table de négociation, les syndicats auraient à coeur de défendre leurs troupes, ils rivaliseraient d'idées à même de mieux les protéger et d'attirer encore plus de syndiqués, et surtout, étant mieux financés par les cotisations syndicales, ils n'auraient pas besoin de négocier en douce un siège pour leurs permanents.

 

Pages