Le blog de l'intermittent, mais pas que.

Resistance is futile

Vous en avez assez de l'internet. De celui qu'on nous impose, celui des grandes entreprises qui nous épient pour soi-disant nous aider, le tout sans vraiment savoir ce qui se trame et si tout ça est bien conforme à nos lois. D'ailleurs depuis longtemps, vous avez décidé préventivement de vous en détacher et de soutenir le logiciel « libre ». En un mot, vous utilisez Firefox.

 

C'est un acte courageux, mais présentons d'abord les principaux personnages sur scène. Car oui, un peu comme au Cluedo, il y a bien une scène, une scène de crime pour être précis dans laquelle la victime, c'est vous.

  • Microsoft alias M$, 90 md$ de revenu, un grosse moitié par vente de licences de logiciel

  • Apple, 75 md$ de revenu dont 85% de vente de matériel, iPhone en tête

  • Google, 66 md$ de revenu dont 90% de régie publicitaire

  • Mozilla Corp. (éditeur de Firefox), 330 m$ de revenu dont 100% provient des droits versés par Google, Yahoo ou Bing.

Premier constat, Firefox qui est environ 200 fois plus petit que les 3 autres, n'est financé que par les moteurs dont à priori il faut se méfier, ça calme.

Deuxièmement, les 3 gros jouent certes dans la même catégorie, mais pas sur le même marché. Tandis que M$ s'enrichit à chaque PC vendu qu'il ne fabrique pas, Apple vend d'abord du rêve en proposant des mobiles à 800$ qui ne coûtent que 200$ à fabriquer. Pendant ce temps Google « offre » toujours plus d'applications, pour mieux « connaitre » ceux qui les utilisent, et revendre cette connaissance à toutes les compagnies du monde.

 

 

Mais revenons à Firefox, le fameux petit renard libre.

Comme les mieux informés le savent, avec un navigateur internet, on navigue. Et après avoir installé Firefox, qui-c'est-qui vous proposera de rechercher le meilleur-resto-scicilien-à-deux-pas-de-chez-vous ? Google. Ou Yahoo, ou Bing. En fait ça dépend des années, de votre pays, et surtout de ce que ces 3 moteurs de recherche ont été prêts à verser à Firefox pour être installé par défaut.

A ce stade, sauf à ne faire aucune recherche, ce qui limite quand même un peu l'intérêt d'internet, utiliser Firefox, Chrome, Safari ou la trentaine de navigateurs existants ne change rien. Le moteur que vous utilisez va enregistrer votre recherche. Elle sera ensuite analysée, consolidée avec toutes les autres, les vôtres et celles de votre voisin.

 

Mais il y a bien des moteurs de recherche libres, me direz-vous.

Oui. Duckduckgo par exemple, qui est maintenant proposé par Firefox ... mais en 5ème position, après les mastodontes dont nous parlions justement, il faut bien vivre.

Donc, si on est motivé et qu'on a trouvé les paramètres de Firefox pour remplacer le moteur de recherche indiscret, par un moteur libre, on est tranquille, notre vie privée est respectée ?

Pas vraiment.

 

C'est là qu'intervient un autre personnage, méchant comme les autres, mais lui plus : la WHC. La World Hacking Company, en gros les pirates de tout poil qui au mieux, aspirent vos contacts pour les inonder d'emails vantant une pilule miracle, ou plus embêtant, récupèrent vos coordonnées bancaires et l'argent qui va avec. Le oueb n'a qu'une seule règle : tout le monde vole l'internaute, mais certains n'en ont pas le droit.

 

Pour protéger le ou la baroudeur(se) intrépide que vous êtes, tous les navigateurs disposent d'une liste de sites potentiellement malveillants, vous en informent en cas de clic imprudent ou bloquent la navigation pour vous en protéger. Ah, enfin un service drôlement sympa dans ce monde de brutes. Mais au fait, il doit en falloir des machines et des algorithmes de détection pour scruter la totalité d'internet, tenir à jour cette liste de grands vilains, et l'envoyer toutes les heures à tout le monde. Eh bien ça tombe bien, c'est justement le métier historique de Google de balayer le web avec aujourd'hui plus de 1.000.000 de serveurs, dingue non ! Du coup, c'est bien Google qui fournit à tous les navigateurs la liste noire, tous sauf un. Un irréductible ? Non, M$ a lui aussi les moyens de surveiller l'ensemble de la toile et fournit à son navigateur sa propre liste maison.

 

Et comme vous n'avez pas désactivé ce Google Safe Browsing car vous n'en connaissiez pas l'existence, et que de toutes façons vous ne prendriez pas le risque, vous pouvez toujours avoir un système libre (Linux), y installer un navigateur libre (Firefox) utilisant un moteur de recherche libre (Duck), vos requêtes seront quand même connues de Google, mais cette fois pour votre propre sécurité, nuance. On comprend que le GSF soit gratuit, c'est d'ailleurs juste un des 120 services également gratuits de Google qui en retour, traquent nos actions sous des angles variés pour mieux encercler l'internaute. Cette stratégie permet au géant d'avoir le meilleur profilage du monde, et de loin : le plus grand nombre de clients (en gros l'humanité connectée), la terre entièrement cartographiée (maps, streetview), la géolocalisation, et si vous avez un compte Gmail et/ou un téléphone Android, bingo, Google a aussi votre nom, numéro de téléphone, carnet d'adresse... Mieux qu'une simple carte d'identité, vos relations, vos habitudes, vos déplacements, vos goûts, bref votre vie sont collectés.

A la différence de la Corée du Nord qui en rêverait pour mieux anéantir sa population, c'est juste pour nous proposer au bon moment, de nous rendre chez Topino afin d'y acheter au meilleur prix le sac Binge qui fera tant plaisir à Maurice (les noms ont été changés). Pour l'instant.

 

L'utilisation de Firefox ne change donc pas grand chose au respect de votre vie privée, mais le tableau, déjà sombre, ne serait pas complet sans questionner sa sécurité. La liste noire ne protégeant malheureusement pas de tout, Firefox semble avoir pris beaucoup de retard en la matière. Il a même été exclu de la prochaine compétition officielle de hacking Pown2Own, les organisateurs estimant que le navigateur « n'avait pas apporté d'améliorations sérieuses pour la sécurité au cours de l'année passée », ça re-calme. Ajoutons que Firefox reste l'unique navigateur ne disposant pas encore nativement d'un mode bac à sable, permettant de limiter les dégats en cas d'expoitation d'une faille critique...

 

Finalement, les faiblesses de Firefox ne sont imputables qu'à un manque de moyen, comme toujours. Ses 300 m$ de revenu, provenant de Google ou autre, sont trop justes pour développer une solution sécurisée, fiable dans un secteur mutant continuellement. Si chacun de ses utilisateurs versait 1$ à la fondation Mozilla, le soutien au logiciel libre prendrait enfin le sens dont il est privé aujourd'hui, et la somme récoltée permettrait de remettre à niveau « leur » navigateur préféré.

 

On a la gratuité qu'on mérite.

Internet est un jeu à 7 milliards de joueurs, et c'est Google qui gagne à la fin.

 

Il court, il court le non-recours

Les avancées sociales sont toujours légitimes, mais rarement indiscutables tant leur portée reste imparfaite.

Le dernier avenant à la convention d'assurance chômage n'y échappe pas. Son objectif est de permettre à un chômeur d'être mieux indemnisé après un réexamen de sa situation*, mais son application... n'est pas automatique. C'est en effet à l'interessé d'en faire la demande et dans un délai de 21 jours. A ce sujet, le passage du communiqué de l'Unedic :

L’initiative et le choix d’utiliser le droit d’option appartiennent au demandeur d’emploi. Les situations étant très différentes d’une personne à une autre, les partenaires sociaux ont souhaité laisser aux demandeurs d’emploi le choix d’exercer ou non cette option.

Sérieusement, existe-t-il beaucoup de chômeurs indemnisés à 30€ par jour, qui souhaiteraient conserver ce montant, alors que la loi leur permet de recevoir 40€ ?

En fait, cette condition maladroitement justifiée par l'Unédic répond à la gestion de la pénurie. Face à l'épreuve de faits parfois catastrophiques du rechargement des droits issu de la convention de Mars 2014, et, sous pression des syndicats et des associations, les partenaires sociaux en charge de l'Unedic (pour faire court, le Medef) ont concu cet aménagement pour tous, avec l'idée de ne pas l'appliquer à tous. Chaque chômeur qui ne sera pas informé de la mesure, qui n'en aura pas compris le fonctionnement ou qui aura tout simplement laissé passer 3 semaines, n'en bénificiera pas, et c'est d'autant d'économies réalisées.

En soi, rien de nouveau, il est assez logique pour le patronat de vouloir dépenser moins pour les salariés. C'est en revanche beaucoup plus discutable, lorsque la réglementation évolue sous l'impulsion de l'Etat.

Je ne doute pas de la sincérité du législateur qui souhaite améliorer la vie des citoyens à travers la politique familiale ou la protection sociale. En revanche, les résultats montrent que les conditions d'accès à ces droits sont peu ou mal évaluées au moment même de leur conception. Conséquence, des millions de personnes ne bénificient pas de dispositions pourtant prévues pour elles, tout simplement car elles n'en font pas la demande. Quelques chiffres sur le non-recours :

  • RSA : non recours moyen de 50%, soit 5.8 Md€ "d'économie" (en comparaison la fraude aux prestations, beaucoup plus médiatisée s'élève à 6 M€, soit 100 fois moins)
  • CMU et CMU-C : non recours de 25%, soit 1.5 million de personnes touchées**

Les raisons du non-recours sont multiples, complexes et ne peuvent être imputées qu'à la complexité des démarches. Pourtant l'automaticité des droits est possible, comme le montre la modification de l'accès au tarifs sociaux de l'énergie : depuis 2012, c'est la CPAM qui effectue la démarche pour les bénéficiaires de la CMU.

Le gouvernement semble avoir pris la mesure des dégats sociaux considérables consécutilfs au non-recours dès 2012, et M. Touraine soutient vouloir s'y attaquer... Depuis 2 ans, aucune mesure n'a pourtant été engagée sur ce front.

En attendant cette hypothétique réforme, le droit n'est plus universel, tous les bénéficiaires n'en profitant pas. Seule la demande de droit reste universelle, encore faut-il l'utiliser.

 

* tout salarié indemnisé par Pôle Emploi et possédant un reliquat de droits, peut demander un réexamen dans le cadre d'une ouverture de droits, sans attendre l'épuisement de ses droits en cours ; il y a également un avenant permettant aux intermittents d'exercer cette option pour passer du Régime Général à celui de l'Annexe VIII ou X

** plus d'infos sur l'Observatoire DEs NOn-REcours aux droits et services

Le trou (noir) de l'Unédic enfin élucidé

Depuis 2009, l'Unédic présente un déficit chronique de plusieurs milliards (4 Md€ en 2013). Pour tenter d'endiguer ces pertes, chaque nouvelle convention d'Assurance Chômage négociée, instaure un volume d'allocations chômage en baisse par rapport à la convention précédente. La convention de 2014 n'échappe pas à cette règle.

Mais qui pompe ces milliards impunément et laisse accuser les intermittents à sa place ?

Comme souvent dans ce genre d'affaires, le responsable est proche de la victime, c'est un voisin, un parent ou encore un collègue. Ici c'est pire, il est les 3 à la fois. Qui est-ce ? Vous avez trouvé ? Bravo ! Sinon, cliquez ici.

Eh oui. Mais revenons aux faits, avec les comptes 2013 de l'Unédic.

  • Recettes : 33 Md€, les cotisations salariales et patronnales de tous les salaires
  • Dépenses : 37 Md€, dont :

- 30 Md€ d'allocations versées
- 3 Md€ de participation au fonctionnement de Pôle Emploi

Le constat est double et sans appel : les cotisations chômage sont supérieures aux allocations versées aux chômeurs, et, l'Unédic serait à l'équilibre sans la part prélevée par Pôle Emploi.

Je ne remets pas en cause la nécessité des 3 Md€ pour le fonctionnement de Pôle Emploi, bien que dans son rapport (p.10), l'Inspection Générale des Affaires Sociales pointe que les frais de gestion et les charges immobilières de PE doivent être un peu mieux maitrisés. En revanche, l'origine de financement, à savoir l'Unédic et donc in fine les salariés, est discutable.

Dans une économie où le chômage est structurel et définitif (le plein emploi n'est plus possible), son traitement social doit-il encore être financé à 70% par les seuls salariés et entreprises ? A titre de comparaison, l'Education Nationale est financée par l'Etat, et personne n'imagine sérieusement que seuls les parents d'enfants scolarisés doivent assurer le financement de l'institution de pilotage (ministère, académies...).

En clair, il ne s'agit pas de financer l'Assurance chômage par la société toute entière, salariés et entreprises s'en acquittent très bien, mais de les décharger du coût de la structure qui accompagne les chômeurs (PE). Par son importance auprès de 4 millions de personnes et son inscription durable dans la Société, la mission de PE devient régalienne, elle doit être financée par l'Etat, c'est à dire par tous.

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